Frédéric Audren
Médaille de bronze du CNRS en 2009
Frédéric Audren est chercheur au CNRS depuis 2006. Docteur en droit, spécialiste d’histoire du droit et des institutions, sa première affectation a été le Centre Universitaire de recherche sur l’Action Publique et le Politique – Epistémologie et sciences sociales à la Faculté de droit d’Amiens. Il travaille depuis octobre 2008 à la Maison française d’Oxford (Royaume Uni).
Avant de recevoir la médaille de Bronze du CNRS et de travailler à Oxford, vous avez été un petit garçon. A quoi rêvait-il ?
C’est une question difficile. Si je veux éviter toute illusion rétrospective, il me faut reconnaître que ma situation actuelle est très éloignée de mes rêves d’enfant. Pour autant que je m’en souvienne, je m’imaginais plutôt en chef d’orchestre. J’ai écouté presque exclusivement de la musique classique jusqu’à l’âge de 13 ans et étais absolument fasciné par les orchestres symphoniques et le travail de direction. Mais se rêver chef d’orchestre, ce n’est ni l’être ni le devenir. Ce rêve, en définitive, m’a suffi et m’a dispensé de tout effort sérieux pour tendre vers lui. Plus jeune, j’étais trop velléitaire pour me hisser à la hauteur de cette ambition artistique. Ce n’est que beaucoup plus tardivement, au cours des années à la Faculté de droit, que je me suis découvert un intérêt pour la recherche et une certaine ténacité. Peut-être, devrais-je dire plus exactement, mon amour de la lecture et de l’écriture qui m’a orienté, au moment d’un troisième cycle, dans cette voie de la recherche scientifique.
Que représente pour vous la médaille de Bronze du CNRS ?
Je vais être d’une grande banalité. Comment ne pas l’être ? C’est naturellement une grande satisfaction pour un chercheur qui débute sa carrière et un encouragement à poursuivre. Si les travaux scientifiques font parfois l’objet de commentaires plus ou moins critiques de la part des collègues, les occasions de voir son travail reconnu par son institution elle-même sont beaucoup plus rares. Ce témoignage de reconnaissance n’en a donc que plus de valeur. Mais, il ne faut surtout pas oublier que le CNRS recrute de nombreux chercheurs qui peuvent très légitimement espérer une telle distinction. Quoiqu’il en soit, une telle médaille récompense aussi toute une équipe (ici, le CURAPP et la Faculté de droit) et contribue à rendre plus visible la recherche en droit.
Comment expliqueriez-vous votre travail de recherche à un béotien ?
Je suis juriste de formation mais avec une spécialisation d’historien. Ma recherche porte sur l’histoire de la culture juridique aux XIXe et XXe siècles. Je m’interroge sur la formation des conceptions du droit, leur transmission et leur circulation, tout particulièrement dans la société française. Mon enquête me conduit à me pencher sur l’histoire des professionnels du droit (qu’ils soient professeurs de droit, avocats ou magistrats) mais également à tenter de saisir ce que les citoyens, à une époque donnée, connaissent du droit et comment ils le comprennent. Pour chaque époque, le droit en vigueur est porteur d’une philosophie de la justice et de l’État, de relations et de pratiques sociales, etc. C’est cet ensemble complexe que j’essaie de démêler. La question des cultures juridiques a naturellement des implications contemporaines. Par exemple, elle soulève le problème de la mission des Facultés de droit : doivent-elles être des écoles purement professionnelles ou des institutions ouvertes aux sciences de la société ? Autre aspect : elle permet de mieux comprendre pourquoi le discours économique sature actuellement les analyses de notre société contemporaine alors même que, pendant des décennies, c’est le droit qui offrait les outils de compréhension de la société et les remèdes aux conflits qui la traversaient. Le droit était le savoir social par excellence.
Comment envisagez-vous votre avenir ?
Pour l’instant, je travaille à la Maison française d’Oxford qui est un des laboratoires du CNRS en sciences humaines à l’étranger. J’y continue naturellement mes travaux sur l’histoire des cultures juridiques. Mais je suis également chargé d’organiser des manifestations entre des juristes français et anglais. Dans ce cadre, un grand colloque s’est tenu, à la MFO, le mois dernier sur l’enseignement et la recherche en droit français au Royaume Uni et en Irlande. Je ne pense pas vraiment encore à mon après-retour. À moyen terme, je suis surtout soucieux de terminer la rédaction de deux ouvrages en cours. J’explore également de nouveaux champs dans le domaine de la sociologie du droit. Je n’exclus pas, dans l’avenir, de repartir pour travailler dans un nouveau pays, européen ou non. Le CNRS offre un cadre unique pour promouvoir des collaborations et projets internationaux.
Vous avez travaillé en Picardie pendant plusieurs années. Quel regard portez-vous sur la région et ses habitants ?
J’ai découvert la Picardie, et Amiens en particulier, en 2001 lorsque j’ai été recruté comme ingénieur dans le cadre d’un contrat de recherche sur les sciences de gouvernement. Mon laboratoire d’accueil était déjà le CURAPP où j’ai fait la rencontre, pour la première fois, de la formidable équipe qui m’accueillera, quelques années plus tard, lors de mon recrutement au CNRS. Un séminaire du laboratoire avait été organisé, à cette époque, dans la baie de Somme, sous un soleil magnifique de septembre. J’en ai gardé un souvenir très vif. J’ai également collaboré en 2002 et 2003 avec une équipe de l’Université Technologique de Compiègne.
Entre 2006 et 2008, comme chercheur statutaire au CURAPP (laboratoire interdisciplinaire en sciences humaines) dans la Faculté de droit et de science politique, mes conditions de travail furent optimales et très propices à mes recherches. Il règne dans ce lieu rare une ambiance intellectuelle très stimulante et un climat de confiance. Je m’y suis fait de nombreux amis et m’efforce de leur rendre visite quand je reviens en France. C’est aussi l’occasion de se réapprovisionner en macarons... Et les soirées conviviales dans les restaurants du quartier Saint-Leu me manquent parfois.





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