9/07/2007
Baie de Somme

Sous les galets, la plage

Une balade aux abords de la falaise

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Il est des Hommes venus de toutes parts qui tombent amoureux de notre somptueuse côte picarde. Le coup de foudre, José Alonso l’a connu lui aussi, et il vit maintenant depuis près de huit ans en Picardie. Cet homme d’images nous ouvre les portes de la Maison de la Baie de Somme et de l’Oiseau, entre Cayeux-sur-Mer et Saint-Valery-sur-Somme, le point de départ de cette balade à marquer d’une pierre, ou plutôt d’un galet blanc.
Sous les galets, la plage

Une tasse de café chaud à la main, un début d’été qui ressemble à l’automne, les yeux rivés sur les murs de ce musée de 20 ans qui abrita en son temps des oiseaux naturalisés, le coupe vent dans le sac à dos prêt à être déplié… Ce début de balade a le goût des départs en rando, des petits matins chargés de sommeil mais aussi d’excitation. Notre hôte observe "sa" Maison de la baie de Somme et l’avenir qui lui prépare : "Ici, je voudrais que tout soit expliqué : davantage qu’un musée, ce lieu va devenir un centre d’interprétation. Nous avons déjà commencé avec la salle d’exposition consacrée au phoque : on y parle de son métabolisme, de son cycle de reproduction, de sa vie sous l’eau, en compagnie des guides de l’association Picardie Nature…" José Alonso sourit devant notre air interdit : "Oui, les phoques de la Baie. Ils sont environ 160 en ce moment. Si vous avez le temps, je vous conseille une virée en kayak, ils viennent souvent vous taquiner gentiment." Eh oui les amis, il existe des phoques en Picardie.

Juste avant de quitter le musée, les petits curieux interrogent notre guide de la journée : Qui êtes-vous Monsieur Alonso ? "Je suis auteur réalisateur de documentaires depuis 25 ans, je suis photographe aussi… disons que je suis un homme d’images. Le Syndicat mixte Baie de Somme Grand Littoral de Picardie m’a confié sa communication et la direction du musée. Je suis également chargé du musée Picarvie, le musée d’objets d’art populaire créé par monsieur Longhein. Je vous invite également à vous y rendre en fin de journée. Enfin, je viens de terminer pour le syndicat mixte la réalisation d’un documentaire de 52 minutes intitulé Le Galet, de la falaise à l’Homme*." José Alonso est donc non seulement sous le charme de la Baie mais aussi de ses beaux cailloux tout ronds. Qu’ont-ils de si fascinants ? Nous plions bagage et partons répondre à la question sur la plage de Mers-les-Bains. Là, la mer d’opale et l’océan de galets nous captivent immédiatement. Assis sur les cailloux, on se laisse absorber par le paysage avant que la dureté des galets nous ramènent à la réalité. Aïe, avoue-le, les cailloux sont blessants. Mais d’où viennent ces pierres ? De la falaise. Et d’où vient la falaise ?

"Il y a 100 millions d’années, commence José Alonso, l’Europe était sous l’eau. C’est la période dite du crétacé supérieur. Le climat était tropical, et là où nous sommes aujourd’hui, il y avait 200 mètres d’eau. Le zooplancton s’y développe, dont la coccolite. Cette dernière se constitue une carapace calcaire et quand elle meurt, son squelette se dépose au fond de l’eau. De même, il existe d’autres planctons, dont les diatomées et les radiolaires, qui fabriquent de la silice et de la même façon finissent par se déposer au fond de l’eau pour constituer des couches siliceuses. Ainsi se fabrique une cathédrale dite animale, construite sur plusieurs dizaines de millions d’années." Un œil sur la falaise et en effet, on distingue les couches successives de calcaire et de silex.

La vie étant ce qu’elle est, la mer, qui est à l’origine de la falaise, entreprend sous notre ère un long travail de destruction. "La falaise recule de 30 centimètres par an, continue José Alonso. Elle est attaquée par les vagues mais aussi par la pluie et le gel. C’est l’attaque de cette falaise qui libère ce qu’on appelle des moignons, des gros blocs de pierres qui contiennent le silex. La mer débarrasse les blocs de leur calcaire, d’où la couleur opale de l’eau, puis façonne le galet en quelques mois seulement. Ce galet est l’un des plus purs au monde. On en ramasse encore aujourd’hui 50 000 tonnes par an, et le galet sert aussi bien à l’industrie qu’à la construction de bâtiments. Chauffés à très haute température, il devient poudre pour la cosmétique ; très fin, il rejoint les bacs à sable ; plus gros on en fait du papier de verre. Ce galet est exporté partout dans le monde. Il fait – et il a fait dans la Baie de Somme l’objet d’une industrie foisonnante. C’est aussi le galet qui a permis à l’homme de domestiquer le feu. Allez venez, je vous emmène dans le bois de Cise."

Le site du bois de Cise se trouve au creux d’une vallée "perchée" qui surplombe la mer. Dans ce paysage à couper le souffle, José Alonso nous explique comment fabriquer le feu. "Sur la plage que nous venons de quitter, on trouve aussi ce qu’on appelle la marcassite, sulfure de fer, pierre grosse comme une balle de tennis. Si on tape deux silex l’un contre l’autre, des étincelles se forment mais elles sont froides. Si on frappe un silex contre de la marcassite, les étincelles sont chaudes. Prenons maintenant de l’amadou, vous en trouverez dans les champignons qui poussent sur les arbres. Une fois sec, l’amadou ressemble à de la laine, et cette matière est très inflammable. Donc une étincelle sur l’amadou et voilà, vous êtes parés pour faire du feu… d’ailleurs, il y a encore peu de temps, les marins utilisaient ces mêmes éléments pour leurs briquets tempêtes." Nous sommes perplexes, d’autant que nous avons, randonneurs expérimentés, emporté dans nos sacs à dos une boîte d’allumettes. Mais il n’y a pas que le feu : "Avec le silex, les hommes ont créé des outils et des armes. Les archéologues ont mis à jour, à Saint-Acheul, environ 300 ateliers qui employaient près de 400 personnes. C’était une véritable industrie, on sait que les outils étaient exportés. D’ailleurs, Saint-Acheul a donné le mot acheuléen, nom qui désigne cette période du Paléolithique inférieur."

Vous l’aurez compris, José Alonso est amoureux du galet, objet magique s’il en est, et nous aussi nous voici épris de ce gros caillou rond. Mais, en remontant vers la pointe du Hourdel, notre guide nous apprend que nous ne sommes pas les seuls à avoir succombé au charme du galet : "il existe un oiseau, le gravelot, qui niche dans les galets. Son œuf d’ailleurs ressemble comme deux gouttes d’eau à cette pierre. Une façon de protéger la ponte. Il existe une réserve de gravelots au Hâble d’Ault. De même, le chou marin est une plante qui vit et se développe dans les galets, sans prendre racine dans aucune terre. Ce chou est l’ancêtre de plus de 30 espèces, du chou fleur au chou de bruxelles." On se regarde et on se dit que notre guide doit faire partie de ces 30 espèces : franchement, il est vraiment chou. En tout cas, le galet n’a plus de secrets pour nous. Et pour vous ?

* Ce film projeté à la Maison de la Baie de Somme et de l’Oiseau.
En savoir plus : http://www.baiedesomme.fr/film-le-galet-falaise-homme-baie-somme-frv1202.html

Crédit photo : Syndicat mixte Baie de Somme Grand Littoral de Picardie © José Alonso

 

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