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La semaine de la recherche et de l’innovation 2010 a débuté le 23 novembre par une journée « grand public » à l’Université de Technologie de Compiègne. La journée se partageait entre une matinée de conférence et un après-midi de visites et de présentations scientifiques. Elle a été l’occasion de témoigner du bouillonnement qui existe en Picardie autour de ces thèmes.
Bien loin de l’image caricaturale de « rat de laboratoire », les chercheurs qui sont venus présenter l’objet et la finalité de leurs travaux, sont parfaitement en prise avec le réel et les enjeux pour la société de demain. Pour preuve, la plupart des projets soutenus par la Région trouve des applications concrètes dans presque tous les domaines : santé, énergie, transport, agriculture, T.I.C., etc. CARMEN, véhicule intelligent sur lequel travaillent les chercheurs picards, se rêve zéro pollution et zéro accident. Il fonctionnera avec une batterie végétale utilisant une molécule issue du jus de maïs (projet ECOLION) et garantira une sécurité maximum grâce à un super assistant de bord, utilisant des caméras et capteurs pour analyser l’environnement proche et un système WIFI échangeant des informations avec les autres véhicules pour anticiper et prévenir les obstacles sur la route (projets ACADIE et SEDVAC). Enfin, un système de contrôle automatique du véhicule prendra le volant en cas de risque d’accident. Dans le domaine de la santé, le projet POCP étudie le rôle et le fonctionnement de molécules dans le développement du cancer du sein. Il soulève l’espoir de nouvelles thérapies plus efficaces et moins lourdes pour le malade.
Aujourd’hui, les projets de recherche sont presque toujours transversaux et font appel à des savoirs et des techniques multiples. Les laboratoires de recherche doivent être capables de travailler ensemble, sur différents positionnements quant à l’implication et aux retombées des projets auxquels ils participent. Les projets privilégient d’abord la proximité, en faisant appel aux compétences des laboratoires picards pour mutualiser les savoirs et les compétences localement. L’installation de plateformes technologiques (ex : ANIMEX pour des recherches en Eco-toxicologie et celles de l’UPJV pour la modélisation et le calcul scientifique et la cartographie) et de centres de transfert y contribuent fortement en regroupant dans un même espace une communauté de chercheurs autour de mêmes sujets.
Les compétences locales ne suffisant pas toujours et les coûts de la recherche étant considérables, des partenariats avec d’autres laboratoires, français, européens ou mondiaux sont également souhaitables car ils permettent le partage des financements et une complémentarité des savoirs. Un exemple avec le projet BioNano qui vise à remplacer le plomb dans les piles à combustible par le bismuth, autre métal lourd bien moins toxique. Il s’agit d’un projet européen en association avec le Mexique, financé à hauteur de 50% par chacun. Il réunit 18 partenaires et plus de 100 chercheurs. Un partenariat extérieur n’est pas en opposition avec la volonté pour la Picardie d’acquérir des savoir-faire spécifiques locaux et non délocalisables. Développer les compétences de la région ne signifie nullement être protectionniste, bien au contraire. C’est un accord gagnant-gagnant. Le Président Claude Gewerc et la Ministre-présidente Christine Lieberknecht ont montré la voie en s’engageant respectivement, ce jour, à renforcer la coopération entre la Région Picardie et le Land de Thuringe (Allemagne) en matière de recherche et d’innovation.
Si la recherche fondamentale conditionne les avancées technologiques, la recherche est aussi issue de son temps, de l’environnement dans lequel elle s’inscrit. Les besoins, les enjeux de notre société influencent la recherche. Les industriels, qui entendent répondre à ces besoins, sont les grands consommateurs des avancées scientifiques et techniques. C’est pourquoi il est important de les associer à la recherche. Pour favoriser cette rencontre, il faut créer et développer des centres de transfert qui constituent l’interface idéale entre la recherche et l’industrie. Le projet C2TR, centre de transfert de technologie robotique, dorénavant nommé « l’IndustriLab », lancé en 2008 par l’Etat et la Région, est né du besoin d’Aerolia de rassembler en un même lieu les compétences relatives à l’assemblage multi matériaux (composites, métaux..) pour la construction des pointes avant du futur Airbus A 350 XWB. Comme l’a indiqué Pascal Vantomme de l’UPJV, le projet MSIM sur l’assemblage de métaux à froid, est né directement des besoins exprimés par des PME et PMI picardes. Il n’y a pas de frontières cloisonnées entre le monde de la recherche et l’industrie, mais il doit s’exercer, entre les deux, un va-et-vient au fil du temps. La recherche n’est jamais certaine d’atteindre les résultats attendus. Le dialogue avec les industriels est très important car les obstacles scientifiques qui se présentent, peuvent conduire à une réorientation du positionnement du produit, celui-ci pouvant à son tour réorienter les recherches. Parfois, les chercheurs peuvent choisir d’attendre de développer au maximum le prototype pour présenter aux industriels un produit le plus avancé possible. Ils garantissent ainsi le secret et l’exclusivité de leur découverte. Certains montent d’abord une start-up pour prouver l’intérêt économique de leur invention. Cela facilite ensuite le rachat par un grand groupe car il n’y a qu’un seul intermédiaire et non de multiples brevets et intervenants avec qui traiter.
Cette journée « grand public » de la Semaine de la recherche et de l’innovation a dressé un état des lieux des projets et de la volonté persistante des acteurs du monde économique et de la recherche d’aller toujours plus avant en matière d’innovation en Picardie. Elle a permis également de pointer certaines difficultés et d’engager une réflexion commune pour tenter de les lever. Les chercheurs ont évoqué notamment les problèmes qu’ils peuvent rencontrer à monter les dossiers de financement auprès des différents organismes, l’absence d’un maillon intermédiaire pour financer l’étape qui va de la recherche de faisabilité au concept, le travail collaboratif pas toujours évident avec des laboratoires qui ont des intérêts forcément différents ou encore l’homologation très longue de l’innovation. Tous les chercheurs ont tenu à saluer le Conseil régional pour son soutien technique ou financier, car si les idées ne manquent jamais chez les chercheurs, les moyens pour les réaliser sont plus durs à trouver. La Région a d’ailleurs tenu à assurer, malgré la forte contrainte budgétaire imposée par la réforme de la fiscalité locale et le gel des dotations d’Etat, qu’elle entend poursuivre son action de soutien à l’innovation. Le plaisir que les chercheurs ont eu à faire part de leurs travaux, et celui que leur auditoire avait à les écouter, était bien palpable. Cette journée a contribué efficacement à la reconnaissance et à la valorisation de la recherche.
La recherche et l’innovation en région, ce sont aussi les trois pôles de compétitivité (Industries Agro-Ressources , i-Trans et UP-tex), à vocations nationale et internationale, qui font bénéficier la Région du grand emprunt, et orientent la recherche en Picardie lors des appels à projets. Sous l’impulsion de cette dynamique, la Région prépare un nouveau modèle de développement qui se veut à la fois plus respectueux de l’environnement, puissant et créateur d’emplois.