11/05/2015

Portraits d’artistes soutenus par la Région

Jaana Myohanen, Philippe Chardon et Marine Coutelas

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S’ils partagent la même source d’inspiration, la nature, chacun exerce son art à sa manière. Rencontre avec deux sculptrices et un plasticien soutenus par la Région.

L’incroyable légèreté de la pierre

Guidée par la pierre brute, la sculptrice Jaana Myohanen cherche à en faire ressortir la beauté naturelle, du dessin des veines aux couleurs. D’origine finlandaise, elle vit en France depuis 30 ans. Marbre, granit, pierres précieuses et semi-précieuses, bronze aussi, se révèlent et s’expriment sous son influence et ses outils. Résultat : des formes généralement abstraites, d’où surgissent çà et là certains détails figuratifs, fragments de corps et visages humains.

"Mon but est de rendre légère et aérienne une chose lourde au départ", précise l’artiste installée à Mont-l’Évêque, dans l’Oise. Son parcours fut bouleversé par une rencontre déterminante avec le maître sculpteur René Coutelle : "C’est avec lui que j’ai commencé la taille de pierre. Depuis toujours, je baignais dans des métiers artistiques. Maquilleuse de formation, j’ai exercé à l’Opéra de Paris et pour des photos de mode. Il s’agissait déjà de modeler des visages. Puis je me suis tournée vers le travail du volume, le modelage, la poterie, j’ai réalisé des décors de théâtre…"

La sculptrice sélectionne sa matière première avec soin. Une véritable "chasse au trésor" qui l’amène dans les carrières françaises jusqu’en Italie, Belgique et Espagne. Mais un autre projet, peu ordinaire, retient son attention ces temps-ci. Celui de réunir en un livre une trentaine de ses œuvres achetées par des collectionneurs, particuliers et institutions. Un travail minutieux qui débute par le recensement des acheteurs aux quatre coins du monde.

"L’idée est de suivre et photographier mes sculptures dans leur nouvelle vie et leur environnement, un parc, un musée, un salon, avec la complicité des propriétaires qui pourront écrire un commentaire."

L’imaginaire à l’épreuve du réel

Le plasticien Philippe Chardon plonge le spectateur dans un monde d’images et de couleurs dynamique, vif, semblant en mouvement bien qu’immobile. Peut-être parce qu’il travaille en musique… Bel exemple de son imaginaire débordant : Château rouge. Une œuvre visible jusqu’au 11 novembre 2015 au château de Rambures dans la Somme, réalisée à partir de photos et dessins ébauchés sur place.

La structure d’1,10 m x 2,20 m, disposée les pieds dans le parc à l’entrée de l’édifice, incite à s’approcher depuis l’extérieur. La promenade se prolonge dans l’image… On distingue plusieurs châteaux reliés entre eux par les veines végétales d’un cœur rouge. "Elle fait écho au décor réel, une forteresse, que j’ai voulu enrichir d’une ouverture, un moyen de franchir les frontières", confie le Picard qui œuvre au sein du collectif pARTage. "J’ai découvert ce site lors des Invitations d’artistes, organisées par la Région. Son histoire, mais surtout la nature, les arbres, la roseraie…, tout cela a libéré mon imagination !"

Le monde idéalisé et décalé de Philippe Chardon a déjà séduit des galeries à Londres et Berlin. L’artiste a également été sélectionné en 2013 pour le prix Arcimboldo, grâce au parrainage exceptionnel du conservateur chargé de la photographie du XXIe siècle à la Bibliothèque nationale de France (BNF). La série Les Pinocchios est entrée dans le fonds de la BNF à cette occasion.

"J’aime aller voir ce qui se cache derrière les apparences", s’amuse le plasticien protéiforme. "Mes créations passent par une importante étape sur ordinateur. Je réalise des montages avec mes photos et dessins, auxquels j’applique les techniques numériques : palette graphique, 3D et perspective…"

Puisant son inspiration dans la nature, ce qui ne l’empêche pas d’être "aux prises avec notre époque en mal de repères", le quadragénaire, passé par l’école des Beaux-Arts de Versailles, se consacre à son art depuis six ans. Objectif : l’intégrer encore davantage à l’espace public.

Précieuse terre picarde

Marine Coutelas est née à Reims. La jeune femme s’est d’abord formée au dessin et à la peinture, à l’Atelier de Sèvres. Un an d’école préparatoire avant d’intégrer celle des Beaux-Arts de Paris, de 2007 à 2012. "C’est là, à 19 ans, que j’ai découvert les techniques de modelage et le travail de la terre. Il me fallait un métier qui combine la tête et les mains et je me suis prise de passion pour la sculpture."

Il y a plus d’un an, elle s’installe dans l’Aisne, dans la maison familiale de Chavignon, où elle aménage son atelier et trouve l’inspiration : "Ce n’est pas un hasard si je suis revenue en Picardie. Dans la région, la terre est grasse et fertile, il y a de l’argile partout. Pour moi, qui suis passionnée par la géologie et les fossiles, son sol est extraordinaire. Je me rends souvent à Saint-Pierre-Aigle pour trouver des pierres fossilisées. Je crois que j’ai été marquée quand, petite, on m’a expliqué le mouvement des plaques et des continents."

La terre, mais aussi le plâtre et la pierre… Marine ne limite pas son champ d’étude. "Tout peut être modèle", souligne-t-elle. Aux Beaux-Arts, au-delà de la représentation du corps humain, Marine est poussée à faire cette recherche. Elle s’intéresse déjà à l’anatomie végétale, à la botanique et aux sciences naturelles : "J’aime observer la façon dont les plantes sont organisées et être en contact avec elles quand je les moule, m’en imprégner."

Prochain défi : créer une installation hors du commun dont l’intitulé, "Fonds marins, grottes et autres fontaines", invite déjà au rêve. Encore à l’état de maquette, il se composera de différents éléments autonomes qui s’assemblent et se superposent : un ensemble de 80 feuilles en plâtre, toutes uniques, une fontaine-fossile, une sculpture suspendue, un tas de pierres d’où sortent d’autres feuilles, ou encore le portrait d’une petite fille… insolite et saisissant !

 

MOTS-CLES

art , peinture , sculpture

Marine Coutelas, la sculpture à l’état pur

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