1er/12/2015

Marcel Deneux : l’agriculture au cœur

Une vie consacrée à l’action publique

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Sa vie, Marcel Deneux l’a consacrée à la modernisation et à la professionnalisation de l’agriculture française. Retour sur le parcours d’un homme qui a essayé de rendre à la terre tout ce qu’elle lui a donné.
Marcel Deneux : l'agriculture au cœur

Regroupement des agriculteurs en coopératives, émergence des ingénieurs agricoles au sommet de l’État, offres de formations spécifiques aux agriculteurs, promotion de la condition féminine, fixation des prix à Bruxelles... Pendant plus de sept décennies, Marcel Deneux s’est efforcé de réformer en profondeur l’agriculture française.

À 87 ans, ce Picard – passé du mouvement des Jeunes agriculteurs au Sénat – revient avec humanité sur son parcours, marqué par une énergie et une finesse d’esprit rares. "Qui aurait pu croire cela d’un autodidacte, fils d’agriculteurs de Beaucamps-le-Vieux, dans la Somme ?, s’amuse-t-il. Pour comprendre mon engagement, il faut se remettre dans le contexte des années 1950. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France doit se reconstruire. Et dans l’agriculture, tout est à refaire, autant sur le plan social qu’économique."

A l’époque, 30% de la population active française vit de l’agriculture. Le quotidien de ces hommes et de ces femmes est pourtant difficile : les agriculteurs évoluent majoritairement en marge de la société, sans protection sociale ni formation adéquate. "J’étais jeune, et je voulais avec d’autres construire l’avenir pour toutes les générations suivantes, explique Marcel Deneux. Cela passait obligatoirement par une réforme complète de l’agriculture, qui fonctionnait sur un système quasi-féodal, pour en faire un secteur compétitif et innovant. À 17 ans, je me suis donc naturellement engagé, dans la Jeunesse agricole catholique puis dans le syndicalisme agricole."

Former, réformer, professionnaliser

Progressivement, Marcel Deneux s’affirme comme le porte-voix d’un monde paysan encore replié sur lui-même. Porté à la présidence hexagonale des Jeunes agriculteurs, puis à la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et aux plus grandes instances de l’agriculture française, son discours capte l’attention des autorités politiques, le Général de Gaulle en tête, puis Edgar Pisani (futur ministre de l’agriculture) et Jacques Chirac.

"J’ai consacré ma vie à l’action publique. Pendant 70 ans, j’ai mis toutes mes forces au service de l’agriculture, révèle l’octogénaire. J’ai d’abord participé à la mise en place de l’autosuffisance alimentaire de France. Suivront l’organisation du marché de l’élevage, le développement les exportations agricoles françaises dans le monde, la création des quotas laitiers en Europe… Et puis, bien avant tout le monde, j’ai encouragé avec Daniel Thomas et Claude Ferté, le Président du Conseil économique, la recherche dans la chimie verte, avec la création du Centre de valorisation des glucides. Notre but était simple : faire émerger, à partir de productions agricoles non alimentaires, des nouvelles sources d’énergie, des biocarburants et des agro-matériaux…" Aujourd’hui, ce pôle d’innovations vertes est reconnu comme la référence française dans le domaine de la chimie du végétal.

De la terre au Palais du Luxembourg

Homme d’action, toujours prêt à battre le pavé pour améliorer la condition des "paysans", Marcel Deneux n’a jamais oublié ses racines et son véritable métier. Celui d’agriculteur. "J’ai occupé de nombreuses fonctions au cours de ma vie, dans des coopératives, au Crédit agricole, à l’Institut technique de l’élevage bovin, à la Fédération nationale des producteurs de lait…, énumère-t-il. Mais je n’ai jamais cessé d’être agriculteur. Lorsque je siégeais au conseil général de la Banque de France, je trayais mes vaches à 5h du matin pour être à Paris, rue Croix des Petits-Champs, à 11h !"

Comme beaucoup de ses contemporains, l’agriculture servira ensuite de "levier" dans la carrière politique de Marcel Deneux. A 67 ans, le Picard est élu une première fois au Sénat. "Ma campagne électorale, je l’ai gérée comme j’ai toujours fait au cours de ma vie publique, en allant au contact des gens. En quelques semaines, j’ai rencontré plus de 700 maires !"

Dans les arcanes de la chambre haute, où il siégera près de vingt ans, Marcel Deneux s’illustre par la finesse de ses rapports techniques. Il devient même l’un des spécialistes des questions de développement durable au Palais du Luxembourg. "J’ai eu la chance de pouvoir travailler étroitement avec des chercheurs, des scientifiques, des érudits pour rédiger des rapports techniques. Sur l’agriculture, bien sûr, mais aussi sur les tarifs douaniers, le G20 ou encore la politique énergétique. J’ai même été le premier à rédiger, en 2002 et pour l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, un rapport sur l’évolution du climat."

L’ancien sénateur profite aujourd’hui d’une retraite bien méritée, partagée entre ses petits-enfants et d’autres passions. Mais il garde toujours un œil avisé sur la société qui l’entoure et s’investit toujours sur les conséquences de l’économie numérique pour l’école primaire. "Dans l’agriculture, comme dans tous les secteurs de notre économie et même dans notre vie quotidienne, le numérique est en train de tout bouleverser, conclut Marcel Deneux. Dans ma vie, j’ai toujours encouragé le développement économique par la formation et l’innovation, car l’action des hommes de qualité est essentielle. Les prochaines années s’annoncent, grâce au numérique, absolument extraordinaires."

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