17/02/2015

Le machinisme agricole creuse son sillon en Picardie

Un secteur qui ne connaît pas la crise

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Avec près de 4 000 emplois en Picardie, la filière du machinisme agricole est dynamique et composée d’une galaxie d’industriels aux profils très différents. La Région appuie la structuration de la filière qui a de fortes ambitions à l’export.
Le machinisme agricole creuse son sillon en Picardie

Un secteur qui ne connaît pas la crise

Les tracteurs Massey Ferguson d’AGCO, les outils de préparation des sols de Franquet et Religieux-Frères, les automoteurs de pulvérisation de Matrot, les bennes et épandeurs de Dangreville, les bennes agricoles de Delaplace… Voici quelques visages d’une filière dynamique et innovante rarement placée sous les projecteurs.

Comme le rappellent tous les acteurs de la filière, le secteur de la machine agricole n’a pas subi l’équivalent d’une "crise de l’automobile", ce qui n’empêche pas les industriels d’être prudents dans leurs analyses. Le marché de la machine agricole est soumis à des facteurs extérieurs (météo, état des récoltes, politique agricole commune.) qui peuvent faire fluctuer la demande à la hausse mais également à la baisse, rappelle Richard Markwell, PDG d’AGCO SA. "Nous devons donc être agiles afin de réagir à ces variations et rester compétitifs."

La Picardie est la 3e région française pour le machinisme agricole, après les Pays de la Loire et la Bretagne. L’écosystème comprend des distributeurs et concessionnaires, des fournisseurs d’intrants – dont SDP, le spécialiste des intrants biosourcés installé à Pinon, dans l’Aisne – les fournisseurs d’agroéquipement au sens large, sans oublier Isagri, l’incontournable spécialiste du logiciel pour l’agriculture installé à Beauvais. La R&D est complètement imbriquée dans cet écosystème avec l’école d’ingénieurs LaSalle Beauvais, le laboratoire de l’INRA et la plateforme Agro-Transfert d’Estrées-Mons.

Déficit d’image

Pour consolider et développer la filière, la Région a entrepris une série d’actions (accompagnement financier, appels à projets collaboratifs...) en se concentrant sur l’innovation, le développement à l’international et la formation. Inutile de tourner autour du pot, le secteur connaît un déficit d’image. Les tracteurs et les outils de préparation du sol ne font pas rêver les lycéens. D’où certaines difficultés à recruter pour les entreprises.

Même AGCO fait de la pédagogie sur le niveau technologique de ses tracteurs. "Les tracteurs Massey Ferguson conçus et fabriqués à Beauvais embarquent plus de technologies que la plus grosse des berlines allemandes !", explique Richard Markwell, PDG d’AGCO SA, vice-président et directeur général de Massey Ferguson Europe, Afrique & Moyen-Orient.

La Picardie, a place to be

Le déficit d’image du machinisme agricole est un paradoxe quand on sait que le secteur est en croissance à l’échelle de la France, de l’Europe et du monde. Les fabricants picards soulignent tous l’atout de se trouver au cœur d’un territoire de grandes cultures entre le bassin parisien et le nord de la France.

À Noyers-Saint-Martin, dans l’Oise, Matrot Équipements s’estime bien placé aussi pour vendre ses automoteurs de pulvérisation, des machines haut de gamme à haut niveau de technicité. Ces outils sont en effet adaptés aux grandes surfaces de production de céréales."En dehors de l’arboriculture et de la viticulture, on a tout ici : des céréales, de la pomme de terre, de la betterave et du lait. S’il restait trois agriculteurs en France, il en resterait deux ici !"

La carte de l’export

Si la demande est soutenue en Picardie, elle l’est aussi en France, 1er contributeur de la production agricole en Europe, et encore plus à l’échelle mondiale. "Aujourd’hui, l’Afrique, l’Europe de l’est et l’Asie – essentiellement la Chine – sont les marchés en plus forte croissance du fait de l’accroissement de leur population, mais également des changements d’habitudes alimentaires. La mécanisation est alors une solution pour eux de produire plus dans des régions où le taux de mécanisation est extrêmement faible", observe Richard Markwell. Depuis Beauvais, AGCO exporte 55 % de ses tracteurs vers l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient et 30 % vers le reste du monde.

Pour Benoit Franquet, PDG des établissements Franquet à Guignicourt, les enjeux sont importants en Afrique, notamment en Algérie, pays très intéressé par la mécanisation qui ne compte que 8 millions d’hectares cultivés sur 40 millions d’hectares cultivables. "Les besoins en matière agricole sont énormes, le parc machines est très insuffisant et vétuste. Les machines ont 20 ou 30 ans."

En attendant que les machines picardes ne travaillent la terre des hauts plateaux d’Algérie, ce sont les marchés est-européens que visent en priorité les fabricants picards : Franquet exporte en Hongrie, Roumanie, Serbie, Russie et Ukraine. Matrot est présent avec ses automoteurs de pulvérisation en Russie, Pologne, Roumanie, Bulgarie, Ukraine. Mais pour exporter en Europe, il faut souvent se "bagarrer" avec les fabricants allemands, aussi performants dans le machinisme agricole qu’ils le sont dans la machine-outil.

Une filière high-tech

Méconnue, la filière du machinisme agricole constitue un véritable réservoir d’innovations technologiques. Outre l’export, les industriels du machinisme agricole misent sur d’autres leviers de croissance. Dangreville, par exemple, joue ainsi à fond la carte de la technologie. Le constructeur a mis au point une application électronique qui permet au chauffeur de tracteur de réguler son épandage. Pour rester dans les équipements embarqués, Isagri conçoit des applications pour tablettes de ses logiciels, à la fois pour les cultures et pour l’élevage. Cette success story surnommée le "Microsoft de l’agriculture" commercialise depuis peu une tablette à coque renforcée pour la gestion de troupeaux.

Le guidage automatique par satellite est l’un des axes de développement d’AGCO. "Nos tracteurs sont aujourd’hui capables de se conduire seuls grâce au guidage automatique par satellite",souligne Richard Markwell. "Grâce à notre solution de télémétrie, on peut également à distance voir et analyser tout ce que le tracteur fait : rendement, vitesse d’avancement, consommation de carburant, et transférer ces données dans le logiciel de gestion de la ferme."

Traduction de son ancrage profond à Beauvais, AGCO y a installé son bureau d’études mondial (plus de 300 ingénieurs) et son centre d’excellence mondial pour la marque Massey Ferguson. Véritable vitrine pour le groupe et la marque Massey Ferguson, le site intègre aussi le centre international de formation commerciale Massey Ferguson.

La filière creuse plus que jamais son sillon en Picardie.

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