8/06/2014

L’histoire de la Picardie

« L’histoire de l’antique France semble entassée en Picardie », Michelet.

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Janvier 2014. A l’heure où, pour la seconde fois, l’existence de la Picardie semble être remise en cause, il est utile de faire une mise au point sur l’histoire de cette région, qui a bercé les débuts de l’Histoire de France.
L'histoire de la Picardie

Un peuplement précoce pour l’espace picard

Venus de l’Est, les hommes qui peuplent la Picardie s’arrêtent au bout des terres émergées. Ils s’installent, cultivent, font de l’élevage, fabriquent…, en bref, se sédentarisent. A partir de 4000 ans avant notre ère, un réseau d’échanges se construit, les archéologues en ont retrouvé les traces : des objets métalliques d’origine ibérique, des techniques issues d’Europe centrale, comme les haches de pierre à perforation centrale, imitées des haches de combat en cuivre d’Allemagne du sud, d’Autriche, de Tchécoslovaquie… Échange de matériau (la pierre dure vient de Bretagne), de savoir-faire, l’espace picard est ouvert sur le monde.
Après la période gallo-romaine, qui donne à la Picardie un rôle clé dans le dispositif militaire de conquête de l’Angleterre, suit une période agitée de conflits entre "clans". Invasions, occupations, jusqu’à ce que le traité de Verdun (en 843) rattache l’espace allant du nord de l’Oise et de l’Aisne contemporaines jusqu’au Boulonnais, en passant par la totalité de la Somme actuelle, au royaume de France. C’est en Picardie que Clovis fut acclamé roi des Francs et que Hugues Capet, le premier roi de France, fut couronné en 987.

Le Moyen Âge picard, période d’expansion économique

Le Moyen Âge est une période souvent perçue comme obscure : elle fut faste pour l’espace picard, dont les contours se dessinent de plus en plus clairement.
C’est Barthélemy l’Anglais (franciscain anglais qui étudia à Paris au début du XIIIe siècle) qui fit la première description précise de la Picardie dans De proprietatibus rerum. Le livre XV (consacré à la géographie) décrit une grande diversité de régions. La Picardie y est présentée comme une province de la Gaule belge comprenant les villes de Beauvais, Amiens, Arras, Thérouanne et Tournai, et elle s’étend depuis le Rhin jusqu’à la mer. Elle se subdivise en deux : la haute Picardie qui jouxte la France, et la basse qui touche la Flandre et le Brabant. Il note comme dernière caractéristique que ses habitants parlent « une langue plus rude que celle des autres nations de France ». Il explique enfin que le territoire de la Picardie est très fertile en grains et en fruits, qu’il est arrosé par un grand nombre de fontaines et de rivières, qu’il est très-peuplé et abrite « de grandes villes, des châteaux et des bourgs remarquables, tels que Belgis ou Beauvais, Amiens, Arras, Morite (Terouenne) et Tournai ».

La Picardie au XIIIe siècle

La Picardie est donc déjà, au Moyen Âge, une terre nourricière, mais elle excelle également dans les activités drapières et teinturières, avec la guède (ou waide) qui donna le célèbre bleu d’Amiens ; la waide et les draps picards partent en Flandre, en Angleterre. Abbeville, Amiens, Beauvais appartiennent à la Hanse des 17 villes : cette association leur garantit les meilleures conditions d’accès au marché international de la draperie. Amiens, Corbie et Nesle se regroupent en hanse, ce qui leur permet d’obtenir des privilèges commerciaux avec la commune de Londres, et de mieux gérer le commerce de la waide. De plus, la Picardie, avec ses voies navigables et ses chaussées (héritages des voies romaines), est au centre du commerce est-ouest, nord-sud du poisson, des grains, du sel et du vin. L’espace picard est alors l’un les plus peuplés de France : Abbeville, Amiens, Saint-Quentin et Laon se développent. Et la Picardie est le foyer de diffusion de l’art gothique.

La Picardie, terre de frontières

Au milieu des guerres franco-anglaise, franco-bourguignonne, des guerres de religion, le Picard s’adapte aux diverses configurations politiques : le commerce picard ne faiblit pas. MAIS, la Picardie est devenue une zone frontière, un bouclier lié à l’ordre parisien.
Le XVIIe siècle affirme la vocation industrielle de la Picardie : textile, verrerie. Mais, au XIXe siècle, la Picardie, toujours région textile, est lourdement handicapée par le manque de ressources énergétiques : elle a des forêts, de la tourbe, mais pas de charbon pour ses machines à vapeur et ses usines, et se trouve désormais « coincée » entre le Nord et son charbon, et Paris, la capitale jacobine. Elle est dès lors éloignée des centres de décision et d’échanges, et subit de plein fouet les deux guerres mondiales.

La richesse picarde, entre tradition et modernité

La Picardie est toujours une région industrielle, la part des ouvriers dans la population active est nettement supérieure à la moyenne nationale, et cette industrie ne cesse d’innover : Faurecia, Agco-Massey-Ferguson, Aérolia, Le Creuset, Le Bourget... sont parmi ces entreprises picardes tournées vers l’avenir. En Picardie, une tradition d’utopie et de luttes, de progrès et de combats est toujours vivace : c’est à Amiens qu’est né le syndicalisme en 1906, c’est en Picardie que Jean-Baptiste Godin a créé son Familistère, et c’est en Picardie que les frères Saint ont développé, de façon paternaliste, certes, tout un système d’éducation, de soins, de loisirs pour leurs ouvriers et leurs familles. Et Jules Verne, picard d’adoption, de cœur et de raison, écrivain visionnaire, écrivit l’ensemble de son œuvre dans sa maison observatoire d’Amiens.
La richesse de la région, c’est aussi l’agriculture et sa fonction nourricière. Mais aussi la certitude que, faute de pétrole, il faut avoir des idées et que les agro-ressources sont les énergies de demain. En témoigne, entre autres, P.I.V.E.R.T., institut d’excellence dans les énergies décarbonées tout récemment implanté en région. L’objectif à terme de la Picardie est de continuer à tisser des liens avec les régions voisines, de développer les coopérations avec les partenaires européens, de s’ouvrir au monde en inventant de nouvelles voies d’échange et de progrès.

 

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