21/12/2010
Portrait

Joël Bonnel, disquaire indépendant

Portrait du fondateur d’Editions Limitées

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A le regarder vêtu d’un tee-shirt à la gloire des Red Hot Chili Peppers, le visage bonhomme qu’anime un regard enjoué, rien ne laisse accroire que Joël Bonnel, disquaire indépendant sous l’enseigne des Editions limitées au 111 de la rue des Gouttes-d’or à Margny-les-Compiègne, a porté un jour le costume-cravate du banquier. Et pourtant dans une vie antérieure, entre 1972 et 1990, il a été employé de banque dans des agences parisienne, compiégnoise et creilloise de la BNP.
Joël Bonnel, disquaire indépendant

Alors qu’il quitte le lycée sur un échec au baccalauréat et passe avec succès les trois jours qui le dispensent du service national après avoir déchargé en intérim les camions chez Akzo à Venette, Joël Bonnel a trois offres d’emploi en main : la première dans une banque, la deuxième dans une compagnie d’assurances et la troisième dans la métallurgie.

« Quand je raconte la chose aujourd’hui à des jeunes en leur précisant que je n’avais aucun diplôme à l’époque, ils écarquillent leurs yeux et n’en croient pas leurs oreilles  », s’étonne lui-même Joël. Il a tout juste pris le bac, ironise-t-il, pour traverser le port à Amsterdam où il a entendu Gryphon en concert au Paradiso. « Un groupe dans le style de Gentle Geant en moins rock et en plus folk. » Un clin d’œil d’Apollon, dieu de la musique.

Il opte pour le premier choix et s’y tiendra sans barguigner. Jusqu’à ce qu’une hiérarchie pesante et liberticide finisse de le convaincre qu’il est temps pour lui d’aller voir ailleurs. Le sentiment exaspéré d’avoir au bout de dix-huit longues années d’un labeur répétitif quoique amusant à l’occasion fait le tour de la question, lui indique la sortie. Confronté à une impérieuse nécessité de rompre avec la monotonie d’un quotidien rythmé par le froissement des billets et le cliquetis des pièces, il décide de prendre neuf mois de congé sans solde.

« Neuf mois sabbatiques et sympathiques  », s’amuse-t-il. Le temps d’une gestation pour poser les fondations de sa petite entreprise qui, en ce temps-là, ne connaît pas la crise. Dans un premier temps, Joël Bonnel court durant le week-end les foires aux disques et autres conventions. Dans un deuxième mouvement, il vaque aux formalités administratives nécessaires à l’ouverture de son commerce et commence à aménager le magasin qu’il installe au rez-de-chaussée de son logement. Et devient disquaire à la veille de Noël 1991, le 17 décembre.

« Beaucoup de gens pensaient en voyant le nom du magasin Editions limitées que c’était une librairie, en rit-il encore. L’idée m’est venue tout simplement parce que j’avais des vinyles édition limitée chez moi. Et que je préfère la version française à Limited edition.  »

Au début de son commerce musical, il remplit majoritairement les bacs de disques noirs, les 45 et 33 tours, les vinyles qui grattent sous le diamant du teppaz. On recense chez lui pas moins de cinq mille galettes. Le disque compact, enfin le CD, minoritaire, supplante rapidement le disque microsillon qui demeure sans voix. Six mille pièces garnissent toujours les rayonnages et les bacs auxquelles s’est ajoutée une foule de dvd de musique et de cinéma. Dans sa boutique essentiellement rock, pop, blues, jazz, rap et techno, accidentellement variété française, Joël Bonnel devient aussitôt une référence. Il ne se contente pas de jouer le pousse ou mange-disque, il conseille sa clientèle, se démène pour trouver l’import introuvable, dénicher l’édition limitée.

Et petit à petit Internet prend le dessus. Les jeunes téléchargent à foison, la clientèle ne se renouvelle plus, les collectionneurs désertent sa boutique et surfent sur le web pour trouver leur bonheur. La crise du disque faisant rage, les disquaires indépendants baissent le rideau et la Picardie n’en compte plus dorénavant que quatre. « Plus un seul dans le département de l’Aisne, deux à Amiens, un à Clermont et moi à Margny-les-Compiègne  », soupire-t-il.

En 2005, Joël Bonnel est au creux de la vague. Editions limitées accuse une chute de 60 % de ses recettes. Pour remonter la pente, lui aussi se met sur écran et commerce sur le site Priceminister où il réalise 25 % de son chiffre d’affaires chaque mois.

Les temps étant au vintage et revival en tout genre, les vinyles qui reviennent au goût du jour. Il décide donc en 2009 de renouer avec ses anciennes amours. « J’aurais dû garder mon stock de 33 pour répondre à la demande qui redémarre  », peste le disquaire qui se pose des questions à presque deux ans de la retraite. Aurait-il dû rester à la banque pour s’assurer une pension convenable ? Ou changer d’orientation au début des années 2000 ?

Non après tout. Car, se dit-il en son for intérieur la période est compliquée pour tout le monde. La boulangerie et le café du coin ne sont pas moins épargnés que son commerce de disques. La musique de son adolescence, celle parmi tant d’autres des Beatles, des Doors, du Jefferson Airplaine, de Spirit ou encore de Quick Silver Messenger Service lui permet de relativiser la situation. Et puis la passion jamais ébranlée du rock et le goût des autres, les discussions d’après concert et les souvenirs and roll qui s’égrènent dans son antre de la rue des Gouttes-d’or, reprennent le dessus et font que Joël Bonnel ira au bout de la mission qu’il s’est donnée une veille de Noël de 1991 : diffuser à sa manière la bonne parole du rock, y compris celle du hard-rock qu’il confesse pourtant ne pas écouter.

 

MOTS-CLES

musique , portrait

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