Deux candidats, Jean-Hervé Carpentier, directeur général du Cilova à Compiègne, et Raymond Chantal, directeur à l’international de Bendix à Beauvais, se disputent en ce mois de novembre 1994 la présidence de la Chambre de commerce et d’industrie de l’Oise (CCIO) au lendemain des élections consulaires. Mais c’est un troisième homme qui raflera la mise en départageant les deux impétrants : Jacky Lebrun, membre de la CCIO depuis 1981 et boucher installé depuis les années 1970 place Franklin-Roosevelt sur le plateau Rouher à Creil.
« Comme dans toutes les grandes histoires il y avait des divergences de vue entre deux personnes. Si vous ne vous mettez pas d’accord, je me présente », leur dit-t-il. On ne le prend pas au sérieux, Jacky Lebrun n’en a cure. Il met sa menace à exécution, sollicite les suffrages de ses pairs et est élu. « A une écrasante majorité », savoure-t-il. Et depuis lors le petit boucher du plateau a fait ses preuves et s’est imposé en dépit de quelques chausse-trappes de début de mandat que d’aucuns ont glissé sous ses pas. Il a donc par la suite toujours été plus que confortablement réélu puisqu’à l’unanimité des familles professionnelles et des quarante membres du bureau de la CCIO à cette présidence qu’il quittera pour prendre en février 2011 celle de la Chambre régionale de Picardie et mettre en œuvre la loi de 2010 portant réforme des CCI qui confère de nouvelles responsabilités à la CCI de région appelée à définir la stratégie régionale du réseau consulaire.
Désormais Jacky Lebrun est le porte-voix des 43 000 entreprises picardes ressortissantes de l’institution consulaire auprès des représentants de l’Etat, dont le plus éminent le préfet de région, des collectivités territoriales (région, départements, structures intercommunales et communes) et de tous les décideurs économiques publics et privés.
En 2001, lorsque Jean Anciant annonce qu’il ne se représentera pas à la mairie de Creil, Jacky Lebrun a envisagé l’espace d’une seconde de se présenter aux élections municipales. « Si j’avais voulu faire de la politique, j’aurais pu m’engager dans cette voie. J’étais bien placé », confesse-t-il. La seconde suivante, il refermait la parenthèse. Il était revenu à sa réalité : le développement économique de l’Oise et de la Picardie.
Entre-temps, Jacky Lebrun a, en 2005, fermé boutique sur le plateau de Creil (tout comme Annie son épouse a baissé le rideau de la charcuterie qu’elle tenait à cent mètres de la boucherie) tout en conservant son appartement au cinquième étage d’une tour au 2 de l’allée La Fayette qu’il habite toujours et où il reçoit aussi bien les élites de la République que ses concitoyens et amis du plateau.
Il est devenu chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur, puis officier. Est entré au palais d’Iéna à Paris où il siège depuis 1998 au Conseil économique social et environnemental où il est l’auteur de deux rapports : le premier Aéroports de proximité et aménagement du territoire en mars 2002 et le second Les enjeux et les perspectives de la filière équine en France en juin 2010. Il siège au bureau directeur de l’Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie à Paris et en est le vice-président en charge du Commerce. Il préside à ce titre aux destinées du centre d’étude et de formation national des conseillers au commerce (CEFAC). Il siège également au Conseil national de la consommation à Bercy, est membre du bureau national de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME), président du réseau consulaire des écoles de managers, et demeure plus que jamais le grand maître de la Jurande des compagnons de saint Jacques de la boucherie. Pour marquer une fidélité sans faille à un métier qui l’a conduit vers les sommets.
Toujours dans cet intervalle entre la présidence de la CCIO et de la chambre régionale de Picardie, Jacky Lebrun a non seulement sauvé l’aéroport de Beauvais-Tillé que d’aucuns à la CCIO souhaitaient fermer mais développé le site qui emploie désormais quelque sept cents personnes, accueille plus de trois millions de passagers par an et est désormais septième au palmarès des aéroports français.
Une bien belle carte de visite pour celui qui, à 73 ans, revendique haut et fort être toujours le boucher du plateau de Creil qui a su forcer la porte de l’ascenseur social à la force du poignet.
« Je n’ai jamais connu la discrimination raciale, mais petit boucher, j’ai subi la discrimination professionnelle. J’ai dû me battre pour me faire une place et m’imposer, explique Jacky Lebrun. Rien ne m’a été épargné et rien ne m’a été donné. J’ai gravi un à un tous les échelons. J’y suis arrivé avec de la volonté et sans rien changer à ma vie. Je n’ai pas quitté le plateau. »
Et c’est au plateau Rouher, chez lui en petit comité, qu’entre la poire et le fromage il a su se forger de solides amitiés et relations, débloquer bien des situations et faire avancer de nombreux dossiers.
« Si vous saviez la liste des personnalités qui sont venues manger chez moi, s’amuse Jacky Lebrun. Toutes ces personnes semblaient étonnées de me voir habiter ce lieu. Pour rien au monde pourtant je n’irai habiter Chantilly ou Senlis. »
Le président de la Chambre de commerce et d’industrie régionale de Picardie considère que vivre dans la diversité entouré de gens de tous horizons procure un avantage énorme, celui de ne connaître aucune forme de racisme, qu’il aime à faire partager à ses hôtes. Dès lors tout devient possible. Car fidèle à sa devise « Ne jamais regarder en arrière, avancer dans le consensus et dans une bonne ambiance », Jacky Lebrun est de son temps, avec une longueur d’avance.
Installés solennellement le 24 janvier sous l’autorité du Préfet de région, Michel DELPUECH, les 46 membres de la nouvelle Chambre de commerce et d’industrie de région Picardie, élus pour la première fois directement par les entreprises, ont accordé très majoritairement, avec 40 voix, leur suffrage à Jacky Lebrun qui devient ainsi le 1er Président de la CCIR Picardie, investie de nouvelles missions renforçant la dimension régionale du réseau consulaire (Loi de 2010 portant réforme des CCI.)
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