27/11/2013

Histoére (véritable !) d’él naissance d’éch pipasso

Texte paru dans le n°159 d’Agir en Picardie

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Histoére (véritable<small class="fine"> </small>!) d'él naissance d'éch pipasso

Chol gran-ne guerbèe -lo al avoait vnu din l’mon-ne i y o gramint du temps, din un viu poéyi à d’où qu’chés glainnes iz avoait’t coér des dints pi chés crapeuds dol pleume.

Déjo tout « tchote », no gayante al n’étnoait point din ses loques : al bzinoait conme inne arcabalette !

Sin pére i disoait toudi : « Al fonce ! Al fonce ! »… mais vu qu’ch’étoait inne fille, o ll’avoait baptisèe « Alphonsine ». Pi rapport à ses tettes conme des poturons , o ll’avoait délonmèe, forchémint : « Alphonsine Grossétettes* » !

Chol nazuse -lo al avoait des gambes conme des mâts d’batieu, des bros conme édz inglèmes , des mains conme des battoérs, pi, aveuc és poétrin-ne conme inne grosse-tchaisse, un souffe du diabe ! Sin plaisi, ch’étoait d’souffler chés minons d’lanchrons , pour éz-zés rbéyer s’involer din chés nuages : al étoait capabe éd souffler tous chés lanchrons d’inne pâture intiére, d’un seul cœup d’un seul !

In grandichant, Alphonsine, bertchère , al o cminchè à souffler din des flûtiaux, des flahutes qu’al copoait pi qu’al perchoait elle-meume : din des rosieux, du bos d’tcheude , des branques éd séhu , des tchubitus éd toér , des cornes éd madjette … A nn’avoait un mont du diabe : des pipes, des pipettes, des pipeaux, qu’al trincballoait tojours aveuc elle, din sin so in pieu d’vaque.

Pi un bieu jour, qu’al wardoait sin ho d’berbis, un ziu su ses aigneux , un ziu din chés étoéles, Alphonsine, réïuse , al o infitchè sin pipeau din sin so, pour él ringer, mais i y avoait coér éd l’air éddin ! Al l’o mis sous s’tête, pour foaire és prangère ! Chu so il o gonflè, conme inne beudruche, i s’o inflè, inflè, du souffe d’Alphonsine… Chu so il o gonflè à cratcher, et pi, tout d’un coeup : PFUITT !... Il o tchittè s’écaper, joéyeusemint, magnifiquemint, merveilleusemint, un son nouvieu : un son à n’in foaire taire chés moénieux din chés branques, din chés hailles , pi chés cortis , inne musique qu’al san-noait s’dessatcher d’él panche éd la terre ! La terre qu’a n’in tran-noait tellemint qu’a s’o findue in deux ! Ech diabe, tchurieux conme un pet, i nn’o satchè sin nez pi s’caouette cornuse, indjilbeudè , ses eureilles poéilluses inchorchlèes pèr chés sons increuyabes ! Alphonsine, austôt, al o atitchè un batlavet su l’mouse d’éch noércassier , qui ll’o rinvoéyè rondébilis din chés breuilles éd l’infér…

Chol musique, elle, al s’élanchoait toudi din ch’temps tout bleu, al s’involoait, in foaisant frichon-ner d’plaisi él feuillure éd chés frin-nes din chés bos …

él « pipe au sac », éch PIPASSO il étoait nè !

Texte : Jean-Marie François.
Illustration : Jacques Dulphy.

 

MOTS-CLES

langue picarde

Lexique
1. jeune fille - 2. pays - 3. poules - 4. géante - 5. filait - 6. flèche - 7. seins - 8. potirons - 9. friponne - 10. enclumes - 11. aigrettes de pissenlits - 12. regarder - 13. bergère - 14. flûtes - 15. coudrier - 16. sureau - 17. cubitus - 18. taureau - 19. chèvre - 20. sac - 21. peau - 22. gardait - 23. troupeau - 24. œil - 25. agneaux - 26. fatiguée - 27. enfoncé - 28. sieste - 29. laissé - 30. haies - 31. vergers - 32. semblait - 33. sortir - 34. tremblait - 35. tête - 36. séduit - 37. ensorcelées - 38. asséné - 39. claque - 40. figure - 41. démon - 42. vite fait - 43. entrailles - 44. frênes - 45. bois

INFORMATIONS PRATIQUES

Traduction

La (véritable !) histoire de l’origine du pipasso

La gueuse était venue au monde il y a très, très longtemps, dans un vieux pays où les poules avaient encore des dents, et les crapauds de la plume.

Déjà, toute "petite", notre géante ne tenait pas en place : elle filait comme une flèche ! Son père disait toujours, dans son parler : "Al fonce* ! Al fonce !"... mais puisque c’était une fille, on l’avait baptisée "Alphonsine". Et, eu égard à sa poitrine, qu’elle avait généreuse, on l’avait surnommée, naturellement : "Alphonsine Gros Tétons" !

La coquine avait des jambes comme des mâts de bateaux, des bras comme des enclumes, des mains comme des battoirs et, avec sa grosse-caisse de poitrine, un souffle des cent mille diables ! Son plaisir, c’était de souffler sur les aigrettes des pissenlits, afin de les regarder s’envoler dans les nuages : elle était capable de souffler tous les pissenlits d’une pâture entière d’un seul coup d’un seul !

En grandissant, Alphonsine, devenue bergère, se mit à souffler dans des pipeaux, des flûtes, qu’elle coupait et qu’elle perçait elle-même, dans des roseaux, du coudrier, des branches de sureau, des cubitus de taureau, des cornes de chèvre ! Elle en avait toute une collection de ces pipes, pipettes et pipeaux, qu’elle transportait toujours avec elle, dans son sac en peau de vache.

Et puis un beau jour, alors qu’elle gardait son troupeau de brebis, un oeil sur ses agneaux, un oeil dans les étoiles, Alphonsine, fatiguée, enfonça son pipeau dans son sac pour le ranger... mais il y avait encore de l’air dedans ! Elle mit le sac sous sa tête, pour faire sa sieste ! Et le sac gonfla, comme une baudruche ; il s’enfla, s’enfla du souffle d’Alphonsine... Le sac gonfla à en craquer, et tout à coup : PFUIT !... Il laissa s’échapper, joyeusement, magnifiquement, merveilleusement, un son nouveau : un son à en faire taire les oiseaux dans les branches, dans les haies, dans les vergers : une musique qui semblait sortir du ventre de la terre ! La terre qui en tremblait tellement qu’elle s’en fendit en deux ! Le diable, toujours curieux, montra le bout de son nez, ainsi que son crâne cornu, enjôlé qu’il était, ses oreilles poilues ensorcelées par ces sons incroyables ! Alphonsine, aussitôt, asséna une claque sur la figure du démon, qui le renvoya aussi sec dans les entrailles de l’enfer...

La musique, elle, s’élançait toujours dans le ciel bleu, elle s’envolait en faisant frissonner de plaisir le feuillage des frênes dans les bois... La "pipe au sac", le PIPASSO était né !

* Elle fonce

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Septembre - Octobre 2013
 
 
 

VOS COMMENTAIRES

Vos commentaires

  • Le 28 novembre 2013 à 13:32, par Compagnie AMUSéON - DESMARIS Ghislaine En réponse à : Histoére (véritable !) d’él naissance d’éch pipasso

    Merci de publier ce texte très sympa, et sa magnifique illustration !

    Savez vous que le personnage d’Alphonsine Grossètettes existe réellement !!!
    Il s’agit de la géante au pipasso de notre fanfare de cornemuses picardes "Les PIPASSONNEURS", de la compagnie AMUSéON.
    Et c’est pour l’occasion de son "baptême" que notre compère Jean Marie François a écrit ce texte !
    En plus, Edwige Fontaine, présidente de l’association des Picardisants du Vimeu et du Ponthieu, lui a écrit une chanson, qui a été chantée par Jean Luc Vigneux, complice de Jacques Dulphy pour la réalisation du journal "Ch’Lanchron" !
    Quelle fête, mes amis, l’événement s’est déroulé lors de l’édition 2011 du Festival du PIPASSO à Flixecourt.
    Les images sont ici : http://www.amuseon.fr/Bapteme_amuse...
    Ghislaine DESMARIS

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