9/10/2015

Comment se déplacent les Picards ?

Les résultats de l’enquête sur les « grands mobiles »

- A +
Ecoutez le texte avec ReadSpeaker Recommander cet article Imprimer
Qui sont ces « grands mobiles » qui représentent un tiers de la population picarde ? Quel impact ont leurs pratiques de déplacements en termes de transport, d’aménagement, d’environnement ? Quelles incidences sur leur vie ? Quelles solutions pouvoirs publics et entreprises peuvent-ils développer ? Pour répondre à ces questions, la Région organisait, ce jeudi 8 octobre, un colloque sur la mobilité qui réunissait les acteurs de l’aménagement du territoire, décideurs, techniciens et experts, venus débattre à partir des résultats d’une enquête menée auprès 14 500 « grands mobiles ». Cette enquête financée par la Région, l’Europe, l’Etat, l’ADEME et le Syndicat mixte du transport collectif dans l’Oise, s’était déroulée d’octobre 2013 à juin 2014.
Comment se déplacent les Picards<small class="fine"> </small>?

Les « grands mobiles » picards

Phénomène révélé par l’enquête : la « grande mobilité » touche 1/3 des Picards de + de 11 ans. Pour mémoire, le grand mobile s’est déplacé la veille de l’enquête à plus de 10 km de son domicile sans rester à l’intérieur d’un PTU le cas échéant. 50 % de ces grands mobiles sont Isariens (l’Oise représente 40 % de la population Picarde), plus particulièrement de Thelle-Vexin-Sablons, du Sud de l’Oise ou du Clermontois-Plateau-Picard.

63 % des grands mobiles possèdent 2 voitures (moyenne régionale à 37 %). Les hommes de 25 à 49 ans, cadres ou employés sont surreprésentés. Seuls 10,7 % d’entre eux sont des usagers réguliers du train, mais cela varie selon les Pays : 30 % dans le Grand Creillois, 20 % dans le Sud de l’Oise et 18 % dans le Sud de l’Aisne. A contrario, les grands mobiles des Pays suivants utilisent très peu le train (2,5 à 5,5 % d’usagers réguliers du train) : Bresle-Yères, Santerre-Haute-Somme, Grand Laonnois, Grand Beauvaisis, Thiérache et Soissonnais. Les grands mobiles, lorsqu’ils se déplacent à plus de 10 km utilisent leur voiture à 84 %, et seulement à 7 % le train et 4 % le car.

Chaque jour, le grand mobile Picard consacre environ 2h17 à se déplacer pour parcourir
100 km en moyenne… par comparaison, un Picard parcourt 47 km en 1h17 en moyenne. Les déplacements de plus de 10 km des grands mobiles sont en moyenne de 40 km (35 km en voiture et 83 km en train). Ainsi, la part modale du train augmente sensiblement suivant les distances : de 10 à 30 km elle est de 1,5 à 2,4 %, de 30 à 60 km elle est de 4,5 %, de 60 à 70 km elle est de 9,5 %, de 70 à 80 km elle monte à 32 %, et au-delà de 80 km est de 38 %.

72,6 % des déplacements de plus de 10 km des grands mobiles sont internes à la Picardie, 24,7% sont en échange avec une autre Région (entrée ou sortie). 70 % de ces déplacements d’échange concernent l’Ile-de-France (Paris, le Val d’Oise, Roissy, Cergy-Pontoise). Loin après viennent les échanges avec la Marne (9,5 %), le Nord (6,3 %), la Seine-Maritime (6 %) et le Pas-de-Calais (4,6 %).

Les grands mobiles picards usagers du train

En ce qui concerne les grands mobiles usagers du train, ceux-ci passent 3h30 à se déplacer chaque jour et parcourent 165 km ! Lorsqu’on est usager du train on prend également plus les transports en commun (50 % contre 18 % pour l’ensemble des grands mobiles). La mobilité (le nombre de déplacements par jour et par personne) est plus basse chez grands mobiles usagers du train où les femmes sont surreprésentées ; leur nombre d’activités quotidiennes est limité (visites de parents, d’amis, achats en grande surface).

La distance moyenne d’un déplacement en train d’un grand mobile (mais on peut étendre cette donnée à l’ensemble de la population picarde, en supposant que les déplacements en train de moins de 10 km doivent être extrêmement minoritaires) est de 82,5 km effectués en 95 minutes. ¾ des déplacements en train font plus de 50 km et 27 % plus de 100 km. 87 % mettent plus d’une heure à être réalisés, 57 % plus d’une heure trente et ¼ plus de deux heures. Les pics de déplacements en train sont atteints le matin entre 7h et 7h30 et le soir entre 17h et 17h30. Néanmoins, les vitesses de déplacement globales entre les grands mobiles et les grands mobiles usagers du train sont proches, et même légèrement en faveur des usagers du train : respectivement 44 km/h et 47 km/h.

71 % des déplacements en train sont en échange avec l’Ile-de-France. En ce qui concerne les déplacements en train internes à la Picardie, ils sont essentiellement intra-départementaux (à 84 %), voire intra-Pays (à 35 %, notamment dans le Grand Amiénois, le Clermontois, le Soissonnais, le Grand Beauvaisis). Les principaux flux entre Pays concernent le Grand Creillois avec le Sud de l’Oise, le Grand-Amiénois avec le Trait Vert, et avec les Trois Vallées.

Enfin, 86 % des déplacements en train sont intermodaux (c’est-à-dire qu’ils ne sont pas complétés que par de la marche à pied) : 41 % concernent le train + 1 mode motorisé, 42 % le train + 2 modes motorisés, 17 % le train + 3 modes motorisés. En Picardie, on accède ainsi à la gare en conduisant sa voiture (39 %), en marchant (28 %), en se faisant déposer en voiture (17 %), en transports urbains (9 %). Ensuite, on accède depuis la gare à son lieu de destination en transports urbains hors Picardie (64 %, l’influence francilienne) ou en marchant (22 %).

Les grands mobiles picards usagers du car « départemental »

A l’image de l’ensemble des grands mobiles, les grands mobiles usagers du car passent en moyenne 2h17 à se déplacer chaque jour, mais pour parcourir « seulement » 67 km (contre 100 km pour l’ensemble des grands mobiles) ! Ils représentent 1,6 % de la population picarde. 54 % d’entre eux n’ont pas le permis (en comparaison, c’est le cas pour seulement 6 % de l’ensemble des grands mobiles), ce qui s’explique la large sur-représentation des 11-17 et 18-24 ans (93 %). Dans les Pays de Picardie Verte et du Santerre-Haute-Somme ils représentent près de 7 % des grands mobiles.

Les grands mobiles usagers du car utilisent nettement plus les transports urbains (70 % contre 18 % pour les grands mobiles), le vélo (51 % contre 40 % pour les grands mobiles) et se font aussi beaucoup plus conduire (89 % contre 66 % pour les grands mobiles). Leur mobilité, soit le nombre de déplacements qu’ils effectuent chaque jour, est proche de 2 (2,13 contre 2,99 pour l’ensemble des grands mobiles) : ils n’ont donc certainement pas le temps de réaliser d’autres activités en semaine que d’aller étudier…

La distance moyenne d’un déplacement en car est de 25 km, réalisé en 54 minutes ! 62 % de ces déplacements en car font moins de 25 km, et 33 % entre 25 et 50 km. De la même manière, 60 % de ces déplacements font moins d’une heure et 30 % font entre 1h et 1h30. Ainsi, a contrario du train, la vitesse de déplacement globale des usagers du car (29 km/h) est sensiblement plus faible que celle des grands mobiles usagers du car, et des grands mobiles en général. Comme pour le train, les pics horaires des déplacements en car sont atteints entre 7h et 7h30 le matin, et entre 17h et 17h30 le soir.

Seuls 20 % des déplacements en car sont intermodaux, ce qui tend à prouver tout de même l’accès relativement aisé à un arrêt à proximité de chez soi. Dans 90 % des cas, un seul mode mécanisé est utilisé en plus du car, généralement la voiture en tant que passager.

Les grands mobiles qui covoiturent

Le taux d’occupation de la voiture d’un grand mobile est de 1,4 personne/voiture. Ces derniers réalisent près des ¾ de leurs déplacements en voiture solo. On peut distinguer le covoiturage familial (lien familial entre le conducteur et le/les passager-s) du covoiturage « externe » (aucun lien familial entre le conducteur et le/les passager-s). En ce qui concerne les déplacements de plus de 10 km effectués par les grands mobiles, la part du covoiturage familial est proche de 10 % et celle du covoiturage externe est de 5,7 %. Pour mémoire, celle du train est de 7,4 %.

Chez les grands mobiles, le covoiturage familial est plus prononcé sur les petites distances de moins de 10 kilomètres, et dans les Pays Santerre-Haute-Somme, Sources-et-Vallées et
Thiérache. Le covoiturage extérieur concerne surtout des déplacements sans lien au domicile, de travail notamment. Il est sur-représenté sur des très courtes distances (moins de 5 km) et des longues distances (plus de 50 km), encore sur le Pays de Thiérache – qui en fait l’une de ses caractéristiques – et sur le Soissonnais.

Les grands mobiles cyclistes

Les grands mobiles qui font du vélo sont plus mobiles que les autres : près de 1 déplacement en plus par jour. Mais ils restent avant tout des automobilistes. Près de 72 % des déplacements à vélo des grands mobiles font moins de 5 km, mais près de 20 % font tout de même plus de 10 km. Le surplus de mobilité entre les cyclistes et l’ensemble des grands mobiles se fait sur les déplacements de moins de 5 km. La durée de moyenne d’un déplacement de cycliste est de 25 minutes et lui permet de parcourir 7,3 km à 17,5 km/h. Comme il se déplace plus, le grand mobile cycliste consacre plus de temps à se déplacer au cours d’une journée : 2h46 contre 2h18 pour l’ensemble des grands mobiles. 3 % des déplacements intermodaux (au moins 2 modes mécanisés) comportent un vélo. La combinaison intermodale la plus fréquente avec un vélo est vélo + TER + vélo.

L’intermodalité des grands mobiles

La pratique est assez peu répandue chez les grands mobiles picards : seuls 11,9 % d’entre eux font au moins un déplacement intermodal par jour. Elle est assez sensiblement plus répandue dans l’Oise (15,8 %) que dans l’Aisne (8,8 %) et la Somme (8,3 %). Les jeunes, scolaires ou étudiants sont surreprésentés dans la pratique de l’intermodalité. A peine 5 % des déplacements des grands mobiles sont intermodaux. En moyenne, le déplacement intermodal fait 89 km, contre 19 km pour un déplacement monomodal. Parmi les chaînes intermodales les plus représentées, la chaîne voiture conducteur + train + TC franciliens est la plus importante (19,7 % des chaînes intermodales). Viennent ensuite les chaînes train + TC franciliens (15,3 %) et voiture + train (8,8 %).

En Picardie les lieux d’échanges intermodaux sont en grande majorité des gares : gares de Creil (8,6 % des changements de modes), Amiens (5,5 %), Chantilly-Gouvieux (5 %), Compiègne (4,8 %), Château-Thierry (2,4 %) Clermont (2,3 %) Saint-Quentin (2,3 %) Pont-Sainte-Maxence (2,1%) et Orry-la-Ville-Coye (2,1 %).

Les grands mobiles picards-franciliens

21 % des grands mobiles Picards se rendent quotidiennement en Ile-de-France. En très grande majorité ils résident dans le département de l’Oise (81 %). Chaque jour le grand mobile picard-francilien passe 3h09 à se déplacer chaque jour pour effectuer 156 km. Les cadres, professions intellectuelles supérieures et professions intermédiaires sont sur-représentés. L’usage régulier du train est beaucoup plus marqué chez ces grands mobiles franciliens : ils sont 31 % à le prendre quotidiennement contre 11 % pour l’ensemble des grands mobiles. La part modale du train pour les déplacements des picards-franciliens est la plus faible pour les Pays du Soissonnais, du Grand Beauvaisis et de Thelle-Vexin-Sablons (6 à 9 % seulement) contre 35 % pour le Saint-Quentinois, 29 % pour le Grand Amiénois, 22 % pour le Grand Creillois ou 18 % pour le Compiégnois.

Les grands mobiles picards-franciliens démarrent globalement leur journée plus tôt que l’ensemble des grands mobiles. En effet, entre 4h et 7h du matin, déjà 10 % de leurs déplacements sont réalisés (5 % pour l’ensemble des grands mobiles). Le soir, entre 20h et minuit, ils réalisent encore 9 % de leurs déplacements (contre 6 % pour l’ensemble des grands mobiles). La distance moyenne d’un déplacement de plus de 10 km pour un grand mobile picard-francilien résidant dans le Sud de l’Oise est de 48 km quand elle est de 132 km pour un résident du Grand Amiénois.

Les grands mobiles scolaires ou étudiants

36 % des étudiants picards et 21 % des scolaires picards sont des grands mobiles. Les lieux de résidence où la part des étudiants et scolaires grands mobiles est la plus importante sont ceux où il n’y a pas d’implantation universitaire notamment (pour le Clermontois 75 % des étudiants et 32 % des scolaires, pour le Santerre-Haute-Somme 72 % et 27 %, pour le Pays de Thelle Vexin Sablons 64 % et 28 %, pour le Trait Vert 56 % et 38 %). Les grands mobiles scolaires ont une assez grande diversité de modes de transport utilisés, et 80,8 % d’entre eux se déplacent en tant que passager d’une voiture. Le passage à l’âge adulte, souvent synonyme de permis de conduire explique le changement dans la mobilité des étudiants qui deviennent pour 64,8 % des utilisateurs réguliers de la voiture en tant que conducteurs.
Ainsi, chaque jour, en moyenne, 21 % des scolaires picards (collège, lycée) consacrent 2h08 à se déplacer pour parcourir 64 km, et 36 % des étudiants picards consacrent 2h31 à se déplacer pour parcourir 98 km. 7,1 % des scolaires grands mobiles utilisent le train, et 26,4 % d’entre eux le car. 14 % des étudiants grands mobiles utilisent le train. La mobilité des grands mobiles scolaires est fortement marquée par les heures de pointe. Leurs déplacements se concentrent sur 3 périodes : 6h30-8h30, 12h-13h30, 16h-18h30.

Pour effectuer des déplacements de plus de 10 km, les grands mobiles scolaires utilisent le car à 42 %, la voiture en tant que passager à 40 % et le train à 11 %. Les grands mobiles étudiants utilisent la voiture en tant que conducteur à 66 % et le train à 24 %.

Emissions de gaz à effet de serre, consommation d’énergie et vulnérabilité des ménages

L’automobile, compte tenu du poids important des déplacements réalisés par les grands mobiles, s’avère de loin le mode le plus énergivore et le plus émetteur. Avec 74 % des déplacements réalisés la voiture engendre 86 % des émissions de GES. Le train (4 % des déplacements) est responsable de 5,6 % des émissions de GES. En moyenne, un grand mobile Picard émet quotidiennement 12 183 g de GES, mais suivant les lieux de résidence, ce chiffre peut varier quelque peu : de - 9 % sur le Clermontois-Plateau-Picard à + 13 % sur le Soissonnais. Ainsi, les habitants de l’Aisne, qui ont une mobilité longue distance importante mais qui ont beaucoup moins recours au train, ont individuellement plus d’impact sur l’environnement régional.

Les ménages à faibles revenus (moins de 15 000 € par an) représentent 42 % des ménages grands mobiles. C’est dans l’Oise que l’on compte le moins de ménages grands mobiles à faibles revenus, notamment dans le Sud de l’Oise (29 %), le Compiégnois (34 %) et Thelle-Vexin-Sablons (36 %), et dans l’Aisne qu’on en compte le plus, notamment dans la Thiérache (57 %), le Soissonnais (52 %), le Chaunois (49 %).

L’analyse des coûts kilométriques montre que l’usage de la voiture par les grands mobiles se monte à 0,22 €/km, le bus urbain 0,15 €/km, le TER 0,05 €/km et le car 0,02 €/km. Chaque jour un grand mobile picard dépense en moyenne 16,2 € pour se déplacer (14,9 € pour les ménages les plus pauvres, 23,2 € pour les ménages les plus aisés). Les Pays où le budget déplacements est le plus élevé pour les grands mobiles picards sont le Grand Laonnois, le Soissonnais et Sources et Vallées.

La vulnérabilité (plus de 20 % du revenu consacrés aux dépenses pour se déplacer) concerne 24 % des ménages grands mobiles. La proportion de grands mobiles picards vulnérables est particulièrement importante en Thiérache (31,8 % de l’ensemble des grands mobiles), dans le Soissonnais (30,2 %) Sources et Vallées (28,6 %), le Grand Beauvaisis (28,2 %) et le Trait Vert (27,7 %). A l’inverse elle est plus faible dans le Sud de l’Oise (16,8 %), le Compiégnois (18,5 %) et le Sud de l’Aisne (21,2 %).

Résultats de l’enquête
Télécharger (Word - 1.7 Mo)
Discours de Daniel Beurdeley, vice-président en charge des Transports
Télécharger (Word - 123 ko)
 

MOTS-CLES

colloque , TER , train , transport , vélo