7/11/2012
Sciences humaines et sociales

Barbara Le Driant, la chercheuse qui parle aux enfants sourds

Interview de la chercheuse de l’UPJV d’Amiens

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Une chercheuse qui a pour outil de travail des doudous ? Est-ce bien sérieux ? Oui, car Barbara Le Driant est spécialisée en psychologie du développement chez les enfants sourds. Née à Senlis dans l’Oise, elle a plongé dans la « psycho » dès le lycée et cette passion ne l’a plus quittée. Désormais, c’est auprès des bébés qu’elle travaille à l’UPJV. Ça tombe bien, elle vient juste d’être maman…
Barbara Le Driant, la chercheuse qui parle aux enfants sourds

Agir en Picardie : vous qui vouliez devenir professeure des écoles, vous êtes enseignante-chercheuse en psychologie, pourquoi ?
Barbara Le Driant : En fait, il me fallait une licence pour être prof, alors j’ai choisi des études de psychologie. Là, j’ai découvert que la psychologie avait des sujets d’étude très variés et que c’était très intéressant ! Je me sentais à l’aise dans cet environnement universitaire et mes premiers travaux de recherche sur la psychologie du développement chez les enfants m’ont particulièrement plu. Du coup, j’ai continué !

Expliquez-nous la psychologie du développement…
C’est l’étude des changements dans le fonctionnement psychologique. C’est une branche plutôt expérimentale de la psychologie : nous utilisons des méthodes standardisées, en mettant les enfants dans des situations identiques, avec les mêmes jouets, pour créer des groupes et faire des comparaisons.

Quel parcours vous a amené jusque-là ?
J’ai d’abord passé une maîtrise puis un DEA sur la perception auditive des enfants prématurés. J’ai ensuite obtenu un financement pour ma thèse de doctorat intitulée « Évolution, de la naissance à un an, des capacités de localisation et de discrimination auditives chez les enfants prématurés » que j’ai soutenue en 2000. J’étais d’ailleurs l’une des premières allocataires doctorales de la Région sans qui je n’aurais pu faire ces recherches. Ensuite, j’ai passé un DESS qui portait sur le dépistage de la surdité chez l’enfant prématuré, pour obtenir le titre de psychologue et décrocher en 2002 un poste de maître de conférences en psychologie du développement, à l’Université de Picardie Jules Verne.

Pourquoi cet intérêt pour les bébés en particulier ?
Car il faut être inventif avec un bébé. Il ne parle pas et ne peut donc pas répondre. Nous travaillons sur des situations d’interaction entre adulte et enfant, c’est vraiment de l’étude du comportement.

C’est aussi un challenge ?
Oui ! Le bébé est un être relativement « neuf » qui se développe de manière très rapide dans les deux premières années de sa vie. Faire son suivi longitudinal est passionnant.

Quelles conclusions avez-vous tiré de la recherche sur le développement auditif des bébés prématurés ?
Que malgré leur isolement sous couveuse, les enfants se construisent une enveloppe auditive certes différente de celle d’un enfant né à terme, mais ils parviennent à localiser les sons et à différencier les voix familières des voix inconnues. Même s’ils ont un développement spécifique, ils s’adaptent à leur environnement.

Quels conseils donnez-vous aux parents ?
Étant donné que les enfants prématurés sont souvent irritables ou a contrario peu actifs, les parents sont parfois déstabilisés. Notre rôle consiste à les accompagner dans la compréhension des signaux de leur enfant. Nombreux sont ceux qui n’osent pas toucher leur bébé qui est parfois très petit, pourtant celui-ci a besoin d’une enveloppe tactile pour se développer. Par ailleurs, nous rassurons les parents : ces bébés ont des compétences comme les autres, mais il faut leur laisser plus de temps pour les exprimer.

Comment communiquer avec un bébé malentendant ?
Se placer face à lui, parler lentement, avec des intonations très prononcées. Il faut absolument parler à un enfant sourd, car on lui transmet des émotions, des vibrations, le bébé comprend que l’on s’adresse à lui.

Avant de vous lancer dans la recherche, quelle idée en aviez-vous ?
Ce qui m’intéressait, c’était le côté ludique : aller sur le terrain, récolter des informations, manipuler des données et répondre concrètement à une question.

Actuellement, quels sont les enjeux du métier de chercheur ?
Nous sommes constamment soumis à des évaluations, à des expertises pour publier des articles. Par ailleurs, il faut savoir rendre nos travaux de recherche intéressants et compréhensibles auprès des non spécialistes.

Aujourd’hui, en quoi consiste votre travail ?
J’ai la double casquette d’enseignante et de chercheuse. Je travaille depuis quatre ans avec ma collègue Béatrice Bourdin sur les enfants sourds. Avec le docteur Catherine Kolski, du service ORL du CHU d’Amiens, nous travaillons plus précisément sur les conséquences du dépistage néo-natal de la surdité sur la relation mère-enfant. Notre objectif est d’améliorer la prise en charge des enfants diagnostiqués sourds, de comprendre comment ils fonctionnent pour qu’ils soient le moins possible en situation de handicap.

Cela fait 17 ans que votre sujet d’étude porte sur les bébés… Vous êtes incollable ?
Certes, j’ai beaucoup appris sur la façon dont ils communiquent mais j’ai encore énormément de choses à découvrir !

 

MOTS-CLES

recherche

La communication chez les enfants sourds

La Région soutient le projet VISU (vision et surdité) dans le cadre des projets européens de partenariat entre l’UPJV, le CHU d’Amiens Nord et l’université libre de Belgique.

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