Adolescent, André Martin aime, à l’occasion, à faire le coup de poing. Pour canaliser son énergie, Paul Martin, son père, décide qu’il enfilera des gants sur un ring où il pourra à satiété distribuer uppercuts, directs et autres crochets et l’inscrit donc d’autorité au Boxing-club compiégnois (BCC). Nous sommes en 1954, il a 16 ans et sa licence de boxeur porte le numéro 27 764.
Marius Tassart, figure tutélaire de la boxe compiégnoise avec ses 437 combats au compteur entre 1925 et 1947, champion de France dans la catégorie poids plume pendant la Guerre, le prend en main dans l’ancienne église Saint-Pierre-des-Minimes, désaffectée depuis la Révolution et transformée en gymnase. André Martin boxe en amateur dans la catégorie poids léger (60 kg) jusqu’en 1958. « J’étais une petite vedette à Compiègne, sourit-il. J’ai enregistré 23 victoires avant de connaître ma première défaite. » Son titre de gloire, il le conquiert en 1957 en devenant champion d’Ile-de-France.
La guerre d’Algérie vient perturber un début de carrière prometteur. Démobilisé en 1961, il effectue deux saisons en néo-pro sous la houlette d’un nouvel entraîneur, Bernard Paget. De ces années, il conserve cependant de bons souvenirs. Celui entre autres d’avoir boxé dans des réunions avec Wladis Kopec, licencié au Boxing club du Valois, champion de France amateur chez les mi-lourds. « Quand il est passé pro, il a disputé au début des années soixante au Palais des sports à Paris une finale perdue face à Paul Roux du Boxing club de Saint-Quentin au cours d’un beau combat », se souvient-il.
Après six combats sans résultat probant, André Martin raccroche les gants en 1963 et s’installe comme artisan plombier à Pierrefonds, village de la forêt de Compiègne qui l’a vu naître, où il exercera jusqu’en 2004. Il sera également conseiller municipal et adjoint au maire entre 1965 et 1983 année où il conduit sa propre liste pour briguer le mandat de maire, mais sans succès.
Le noble art étant toute sa vie, il entame aussitôt les gants remisés dans un tiroir une carrière de dirigeant qui le propulse, quarante ans plus tard, en 2005 à la Fédération française de Boxe (FFB) où il préside la Commission nationale de boxe amateur. André Martin en est le premier vice-président en charge de la boxe amateur, « cœur de métier de la FFB » comme il aime à le rappeler, et de ses plus de vingt mille licenciés.
En 1965, le voilà président du Boxing-club compiégnois. Durant sa présidence, il organise cinq réunions par an. Soit une bonne centaine à son actif lorsqu’il crée en 1986 le CR24, autrement dit le Comité régional de Picardie dont il devient le président. « Car la Picardie était jusque-là rattachée à la Champagne », rappelle-t-il. Et lance de nombreux boxeurs dont Robert Amory sera la plus belle révélation.
Le 26 janvier 1974, Robert Amory devient, pour le plus grand bonheur d’André Martin, champion de France des mi-lourds à Compiègne dans la salle Georges-Tainturier archi-comble et survolté. Trois mois plus tard, il perd son titre à Saint-Quentin devant Christian Poncelet. Il lui faudra attendre trois ans pour reprendre son bien le 29 janvier 1977 dans une salle Georges-Tainturier devenue l’antre de ses exploits. Le BCC et André Martin tiennent leur tête d’affiche. A chaque réunion, le seul nom de Robert Amory sur le programme garantit le succès populaire.
« Robert Amory, quintuple champion de France qui a disputé un championnat d’Europe à Amsterdam en 1979 perdu contre Koopmans, a écrit de très belles pages dans l’histoire de la boxe professionnelle compiégnoise, certifie André Martin. Ces années 1974 -1979 ont été des années fastes. Au milieu des amateurs du noble art, on retrouvait le maire, le sous-préfet à la tribune d’honneur. C’est dire l’impact qu’avait la boxe à cette époque-là. »
En 1986 lorsqu’André Martin installe le Comité régional de Picardie rue Courtil-Maine à Pierrefonds, le ROC (Ring olympique compiégnois), créé à la fin des années 1960 par Bernard Paget, prend le dessus et le BCC cède définitivement la place. Un jeune professionnel commence à faire parler de lui. En bien évidemment. Farid Berredjeb attire à juste raison sur lui la lumière des projecteurs. Le boxeur du ROC s’adjuge en 1988 le titre de champion de France en poids plume dans la fameuse salle Tainturier. Le 4 juin de la même année il dispute le titre européen toujours à Compiègne au belge Jean-Marc Renard. « Un match d’anthologie » de l’avis expert d’André Martin que le Compiégnois perd aux points.
André Martin délaisse petit à petit la boxe professionnelle pour accorder plus de temps et d’énergie à la pratique amateur. C’est ainsi qu’il s’attelle dans un premier temps à développer son sport en Picardie qui, aujourd’hui, compte vingt-trois clubs (dix dans l’Aisne, dix dans l’Oise et trois dans la Somme) pour plus de mille cinq cents licenciés. « Dont 30 % de filles », s’enorgueillit André Martin. Le président de la Commission nationale de boxe amateur à la FFB a très à cœur de promouvoir la boxe féminine. « D’autant plus que la boxe féminine sera présente aux JO à Londres, une première dans l’histoire des Jeux olympiques », se réjouit-il. André Martin compte tout particulièrement sur Sarah Ourhamoun, licenciée au Boxing Beats d’Aubervilliers, septuple championne de France et vice-championne d’Europe 2011 en poids mouches, pour une médaille olympique.
Les JO sont son affaire depuis 1992 où il est dans la délégation française à Barcelone. Il est également à Atlanta mais doit attendre les Jeux de Sydney en 2000 pour engranger des médailles dont l’or olympique avec Brahim Asloum dans la catégorie des mi-mouches et le bronze avec le Saint-Quentinois Jérôme Thomas chez les mouches. Quatre ans plus tard, ce même Jérôme Thomas, champion du monde en 2001 à Belfast, décrochera l’argent Olympique à Athènes toujours chez les mouches. « En 2008 à Pékin, nous avons eu trois médaillés. Là nous préparons les Jeux de Londres où nous espérons envoyer au minimum six boxeurs. »
Présent trois fois par semaine au siège de la Fédération à Pantin, André Martin est surtout un homme de terrain pour être au plus proche des boxeurs, des clubs et de leurs dirigeants. S’il est un organisateur hors-pair, notamment pour l’organisation des championnats de France cadet, junior et senior qui nécessitent pas moins de 25 réunions par an et des rencontres internationales, André Martin se veut aussi un éducateur. « Je connais des mômes qui ont fait des coups durs, qui ont séjourné en prison. Quand on arrive à les intégrer dans un club de boxe, je vous assure qu’on en fait quelque chose, plaide-t-il. Ils apprennent à respecter des règles, à respecter l’adversaire, à se maîtriser et à suivre des entraînements très durs. La boxe n’est pas un sport de voyou, c’est le noble art. Moi aussi, j’étais un peu un jeune con à mon époque et la boxe m’a permis de m’asseoir dans la vie… »
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